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Chapter 23 - Le bois qui apprend une autre voix

Le jour où Camille a remonté les cordes, j'ai eu envie de quitter l'atelier. J'avais imaginé pendant des semaines ce moment comme une seconde naissance ; en réalité, j'avais peur de découvrir que l'instrument ne me reconnaîtrait plus. Camille a réglé le chevalet, vérifié les tensions et joué une note douce. Elle a attendu que le bois réponde. Puis elle a joué une gamme.

Le violon avait changé. Les graves étaient plus profonds, presque voilés, et les aigus moins tranchants. Il résonnait pourtant avec une cohérence nouvelle. Camille me l'a tendu sans sourire triomphal. « À toi de dire si tu veux continuer avec lui. On pourra encore régler certaines choses, mais je ne te vendrai pas le passé. »

Je l'ai pris. La rosace de nacre n'était plus à sa place ; une zone réparée révélait un fil de bois légèrement plus clair. Mes doigts ont trouvé le manche avant que ma tête comprenne. J'ai joué les quatre premières notes que papa m'avait apprises. Le son a été imparfait. J'ai recommencé, moins pressée. Camille s'est éloignée pour me laisser de l'espace.

« Il sonne comme quelqu'un qui a vécu », ai-je dit enfin.

« C'est une description assez exacte pour beaucoup de bons instruments. »

Nous avons convenu d'une période d'essai prudente, avec contrôles réguliers. Je devrais conserver le violon de prêt pour les engagements importants jusqu'à stabilisation complète. Le devis avait augmenté à cause de complications documentées, mais une partie des dépenses pouvait être prise en charge selon les suites de la procédure et l'assurance. Diane avait proposé un échéancier écrit. Rien n'était réglé, mais les montants avaient cessé de dépendre de ses promesses du jour.

J'ai emporté l'instrument dans son étui réparé. En passant devant une école, j'ai entendu une chorale répéter si fort que la directrice a dû fermer les fenêtres. J'ai souri. Je n'aurais jamais imaginé que ce bruit puisse être une célébration. Papa disait qu'on ne reconnaît pas la santé d'un atelier à son silence, mais aux questions que les apprentis osent poser. Je souhaitais la même chose à notre famille.

Camille m'a demandé d'apporter mon carnet de répétition pour noter précisément la manière dont l'instrument répondrait pendant le mois suivant. Nous avons créé une page par séance : température approximative, durée de jeu, sensation sous l'archet, évolution des graves, éventuelle douleur dans mon bras. Ce suivi n'avait rien d'une cérémonie. Il me donnait le droit de dire que quelque chose n'allait pas sans avoir l'impression de trahir un sauvetage coûteux.

Je suis venue travailler trente minutes dans l'atelier, assise sur une chaise stable, pendant qu'elle réparait un alto d'élève. À mi-parcours, une note s'est étouffée. Je me suis arrêtée, puis j'ai essayé de nouveau. Camille a vérifié l'accordage et modifié légèrement la position d'un élément. Le son est revenu. « On ne décide pas en une journée qu'une réparation est réussie », a-t-elle rappelé. Nous avons convenu de refaire un point la semaine suivante.

Je lui ai demandé pourquoi elle avait choisi la lutherie. Son grand-père possédait une boutique de chaussures et elle avait grandi parmi les odeurs de colle et de cuir. « Je voulais construire quelque chose que les gens utilisent longtemps », a-t-elle dit. « Pas quelque chose qu'on pose derrière une vitre dès qu'il devient précieux. » Je lui ai expliqué que c'était exactement ce que j'avais fait du violon de papa. Elle a souri, sans se moquer. « Il fallait peut-être qu'il vieillisse avec toi. Pas seulement qu'il te rappelle l'âge auquel tu l'as reçu. »

Avant de rentrer, j'ai choisi une nouvelle housse de protection, assez sobre pour ne pas attirer l'attention. Camille m'a demandé de vérifier les dimensions avec elle. Je l'ai fait consciencieusement, amusée de prendre davantage de soin à une fermeture éclair qu'à certains contrats qu'on avait tenté de me faire signer.

En refermant l'étui, j'ai senti son poids sur mon épaule. Il n'était ni un fardeau sacré ni un instrument neuf. Il était à moi, avec son histoire. Je pouvais le poser sans craindre que le souvenir de papa disparaisse de la pièce.

À Saint-Denis, les négociations immobilières restaient difficiles. L'association avait trouvé deux lieux temporaires, mais aucun ne pouvait accueillir tous les cours aux mêmes horaires. Les parents discutaient de covoiturages, de sécurité le soir et d'accessibilité. Je suis venue écouter, pas annoncer une solution. Une mère a suggéré de partager le calendrier avec une bibliothèque municipale disposant d'une salle polyvalente. Le responsable de la bibliothèque a accepté une visite. Une piste concrète valait mieux qu'un communiqué brillant.

Gabriel a apporté des chaises pour l'audition suivante. Il était officiellement revenu à certaines fonctions techniques au théâtre ; les questions liées à l'altercation suivaient toujours leur cours. Nous avons déchargé la camionnette ensemble. Il m'a demandé si mon violon était réparé. J'ai ouvert l'étui. Il a observé le fil clair qui traversait le bois. « On voit où ça a cassé », a-t-il dit.

« Oui. »

« Tu aurais pu demander qu'on cache tout. »

« Ça aurait peut-être fait croire que rien n'était arrivé. Je ne veux pas mentir avec un instrument. »

Le soir, Diane a demandé à entendre mon violon. J'ai hésité, puis lui ai proposé de venir à une répétition publique, parmi les autres auditeurs. Pas chez moi, pas dans l'atelier. Elle a accepté cette distance. Pendant que je jouais, elle est restée au fond de la salle, les mains sur les genoux. Elle n'a pas pleuré pour se faire remarquer. À la fin, elle est venue près de la porte et a dit : « Je suis contente qu'il puisse encore jouer. »

« Moi aussi. »

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Elle est partie sans demander à le toucher. C'était peut-être la première fois de sa vie qu'elle respectait vraiment la différence entre admirer quelque chose et se l'approprier.

Quelques jours plus tard, Sarah m'a annoncé une expertise sur les signatures contestées, ordonnée ou acceptée dans le cadre des démarches en cours selon les documents concernés. Les résultats prendraient du temps. Delmas avait entre-temps suspendu plusieurs versements promis à des associations. Le centre de Saint-Denis avait commencé à recevoir des questions inquiètes d'autres structures. Notre histoire dépassait désormais le violon, et je craignais qu'elle soit plus vaste que notre capacité à la raconter avec exactitude.

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